Annexe : analyse des points de vue

Les Furtifs est un roman « choral » : la narration se fait à travers une succession de points de vue attribués à des personnages différents.

Le passage d’un point de vue à un autre est marqué par des signes typographiques spécifiques à chaque personnage. Cette particularité permet d’automatiser l’analyse de l’attribution d’un passage du texte à un point de vue particulier, et donc de mesurer la place que prennent les différents personnages dans le roman.

Cartographie générale

Voici la cartographie générale des 23 chapitres du livre basé sur le nombre de signes de chaque point de vue :

Cartographie des points de vue du roman

Cartographie des points de vue du roman

Y sont représentés :

Il aurait pu être intéressant d’associer chaque prise de parole lors des dialogues à un personnage, mais les dialogues composent près d’un tiers du livre et cela aurait représenté trop de travail supplémentaire.

Les dialogues sont donc mis de côté dans les analyses suivantes dont on suppose les tendances justes même sans ces derniers.

Répartition sur l’intégralité du livre

Voici la taille de chacun des points de vue en considérant l’intégralité du livre :

Répartition des points de vue sur l’ensemble du roman

Répartition des points de vue sur l’ensemble du roman

Les encadrés et médias sont regroupés dans la catégorie « Autres ».

La répartition est sensiblement la même qu’on compte en signes, mots ou phrases. On peut observer que les phrases utilisées pour le point de vue de Sahar sont plus longues que celles d’Agüero (161 signes en moyenne contre 69). Ce qui correspond bien au choix de style pour chacun de ces personnages.

Le point de vue de Lorca est majoritaire dans l’ensemble du livre. Il occupe quasiment autant de place que ceux de Saskia et Sahar réunis.

En terme de répartition de genre, la place des points de vue de personnages identifiés comme masculins est 40% plus importante que ceux des personnages identifiés comme féminins (567 245 signes contre 404 468).

Répartition par chapitre

Afin d’analyser les variations de point de vue au long de l’histoire, on peut regarder la répartition proportionnelle des personnages principaux par chapitre :

Répartition relative des points de vue par chapitre

Répartition relative des points de vue par chapitre

Comme les chapitres ne font pas tous la même longueur, on peut également regarder en valeur abolue :

Répartition en nombre de signes des points de vue par chapitre

Répartition en nombre de signes des points de vue par chapitre

On peut observer que le point de vue de Lorca domine les chapitres 1 à 10, 13 à 14, 16 à 18 et le chapitre 21.

Bien que Lorca soit mort à la fin du chapitre 21 (p. 647), son point de vue occupe encore 18% du chapitre 22.

Il n’est pas non plus tout à fait absent car Sahar parle quand même pour lui dans le chapitre 23 :

— Si mon amoureux Lorca avait encore une bouche à lui… il te répondrait sûrement quelque chose comme ça : […] (p. 687)

Présence de Lorca dans les différents chapitres

L’histoire des Furtifs est principalement racontée par Lorca. Pour autant, nous pouvons bien lire le point de vue d’autres personnages, mais ceux-ci se déroulent dans leur très grande majorité en présence de Lorca. Voici l’analyse en détail :

Chapitre 1

Lorca est le seul point de vue.

Chapitre 2

Le point de vue de Sahar apparaît pour la première fois. Cependant, il apparaît après une conversation téléphonique avec Lorca où elle l’invite à la rejoindre sur son lieu de travail. La suite du chapitre est découpée entre le point de vue de Sahar et celui de Lorca, ce dernier étant en route pour la rejoindre, dans une certaine hâte puisqu’elle court un danger qu’elle ignore encore. Quand ils se rejoignent enfin, Lorca cherche à empêcher l’arrestation de Sahar, déclenchant une émeute. Le récit se focalise ensuite sur la fuite de Lorca, abandonnant Sahar au milieu d'événements déclenchés pour elle.

Chapitre 3

Lorca retrouve Sahar dans un café. C’est de nouveau lui qui ouvre le chapitre. On retrouve le point de vue de Sahar sur les derniers mètres avant son arrivée au café.

Chapitres 4 à 6

Lorca est avec son groupe d’intervention militaire, la « meute », qui a pour objectif de capturer un spécimen d’une nouvelle forme animale apparemment insaisissable, les furtifs.

Chapitre 7

Lorca est avec sa meute (privée de Nèr, son traqueur optique), en mission de renseignement sur l'île du Javeau-Doux, une communauté qu’il a fréquentée dans le passé.

Chapitre 8

Lorca est avec sa meute (privée de Nèr) en mission de renseignement et d’infiltration lors de l’occupation d’un nouveau complexe immobilier.

On remarque dans ce chapitre un des passages du point de vue de Saskia, la traqueuse phonique de la meute (p. 225), dans lequel elle est seule à discuter avec des occupant·es de stratégie de siège. C’est le premier moment où deux personnages identifiées comme féminins ont des noms, se parlent, et parlent d’autre chose que d’un personnage masculin (application du test de Bechdel–Wallace). Ce passage est long d’un peu plus de trois pages.

Chapitre 9

C’est la poursuite de l’action du chapitre précédent. Sahar vient de rejoindre l’occupation pour y donner des cours. Le chapitre s’ouvre sur son point de vue avec cette phrase : « Aussitôt entré, il a été dans mes bras, lové contre ma poitrine, son museau dans mon cou, […]. » Le tout premier pronom dans ce passage désigne Lorca.

On trouve également dans ce chapitre le premier passage du point de vue de Toni, un tagueur militant participant à l’occupation. Il commence par la phrase « Le gadjo a quasi hurlé. » où « gadjo » fait référence à Lorca.

Chapitre 10

Lorca est en route pour retrouver Sahar. Dans ce chapitre, le premier passage écrit avec la perspective de Sahar commence par : « Il entre, le café est plutôt bondé, […]. » Le pronom désigne Lorca.

On note un court passage du point de vue de Toni (autour de 2000 signes), où il raconte ce qui s’est passé pour lui depuis le chapitre précédent. Ce passage n’est pas lié à la présence de Lorca.

Chapitre 11

Sahar et Lorca vont chez Arshavin, l’amiral commandant la meute, où iels retrouvent les autres personnages. Tout le monde repart ensemble, Lorca inclus.

Chapitre 12

Lorca, Sahar, Saskia et Toni ont été invité·es à visiter l’Institut des Langues Exotériques (ILE) dans le cadre de leurs recherches sur les furtifs. Iels retrouvent ensuite Agüero, l’ouvreur et chef de la meute, pour un debriefing.

Chapitre 13

Les personnages sont ensemble à l’ILE.

Chapitre 14

Le chapitre ouvre sur un passage du point de vue de Sahar. Elle n’est pas avec Lorca à ce moment là, mais il est mentionné dès le début du troisième paragraphe : « J’ai tué le deuil, comme me l’a dit Lorca » (p. 367)

On retrouve ensuite Nèr qui raconte ce qui s’est passé pour lui depuis sa disparition. Il mentionne le reste de la meute.

Le troisième point de vue est celui de Lorca, qui est en compagnie de Sahar. Lorca reste présent pendant les passages narrés par Sahar dans ce chapitre.

Les passages de Saskia, Toni, et les autres passage de Nèr se font sans la présence de Lorca. Il est néanmoins systématiquement mentionné (« Lorca » p. 378, « les pisteurs » (le rôle de Lorca dans la meute) p. 383, « Sah-Lor » (contraction de Sahar et Lorca) p. 384, « Lorca » p. 391).

Chapitre 15

Lorca et Saskia vont rendre visite à Varech, un philosophe. Nèr surveille le terrain. La meute se retrouve pour un debriefing.

Chapitre 16

Lorca et Sahar sont ensemble à la campagne. Le point de vue d’Agüero puis celui de Saskia apparaît lorsqu’iels sont en route pour les retrouver. Le chapitre se termine avec le retour de Tishka.

Chapitre 17

Lorca et Sahar s’enfuient avec Tishka, poursuivis par le RAID, pendant que la meute fait ce qu’elle peut pour les aider.

Saskia, Agüero, Nèr et Toni se retrouvent chez Arshavin. Lorca n’est pas présent mais leur conversation porte sur les événements précédents et sur les possibilités pour le retrouver et l’aider.

Chapitre 18

Toni, Saskia et Agüero réussissent à atteindre l'île de Porquerolles avec comme objectif de retrouver Lorca, Sahar et Tishka.

Le chapitre s’ouvre sur le point de vue de Toni, qui nous prévient de ce qui va arriver : Tishka va mourir, tuée par Sahar.

Les points de vue qui suivent, d’Agüero, Saskia puis Toni, racontent leurs aventures sans que Lorca ne soit présent. Iels sont néanmoins tou·tes les trois à sa recherche.

On a ensuite le point de vue de Lorca, avant que celui de Sahar ne prenne le relai : alors que Lorca dort, elle fait le tour de l'île accompagnée de Tishka pour réaliser des actions de communication sur le mouvement.

Le chapitre se termine avec le point de vue de Saskia, en présence de Lorca.

Chapitre 19

Saskia, Agüero, Toni et Nèr participent à défendre l'île contre une attaque des forces de l’ordre. Lorca n’est pas là, mais leurs actions ont comme but principal de permettre à Lorca et Sahar de se terrer dans un bunker pour protéger Tishka.

Chapitre 20

Le premier point de vue est celui de Saskia, qui finit par aller chercher Lorca lorsqu’il est relâché après sa capture.

Le passage suivant est écrit depuis la perspective de Sahar, qui raconte ce que lui fait la perte de sa fille.

Tous les autres personnages se retrouvent ensuite dans la maison où habiteront désormais Sahar et Lorca.

Chapitre 21

Lorca est avec Sahar pour participer à la course électorale.

On a ensuite des points de vue de Toni et Sahar qui agissent et sont autonomes, suivis par Nèr, autonome également mais ne faisant que commenter l’actualité.

Agüero et Saskia se retrouvent à Porquerolles pour profiter de leur nouvelle histoire d’amour. Ce passage est raconté avec le point de vue d’Agüero.

Puis tout le monde se retrouve pour assister aux résultats électoraux.

Une fois les élections passées, on a le point de vue autonome d’Agüero, qui agit, suivi de la perspective de Saskia qui ne fait que décrire l’actualité et les actions d’autres personnages.

Les points de vue suivants sont ceux de Lorca et de Sahar qui est avec lui.

Les personnages se retrouvent finalement dans un centre d’art, où ils tombent dans un traquenard.

On a pour la première fois le point de vue de Tishka. Le paragraphe commence par « Papa bébute par la planche […]. » (p. 644)

Le chapitre s’achève sur la mort de Lorca.

Chapitre 22

Le point de vue de Saskia apparaît dominant dans ce chapitre ainsi que le suivant car le journal qu’elle tient nous donne un regard sur le déroulement de l’actualité. Cela reste cependant un rôle d’observation, le contenu du journal ne contenant ni jugement ni analyse personnelle.

Lorca n’est plus présent mais la majorité des personnages commentent sa mort ou les événements l’ayant provoquée.

Tous les personnages se retrouvent ensuite à Marseille pour une manifestation. Au milieu de cette dernière, on retrouve à nouveau le point de vue de Lorca, qui s’exprime à travers Tishka.

Chapitre 23

Tous les personnages sont ensemble.

Lorca est absent de ce chapitre mais la plupart des passages du point de vue de Tishka le mentionnent directement.

Méthodologie

Les calculs ont été fait par un script Python qui analyse les fichiers HTML de chacun des chapitre qui se trouvent dans l'édition numérique au format EPUB. En fonction de règles ad-hoc sur la structure et le contenu du HTML, il associe un point de vue à chaque passage du livre. Pour chaque passage, il calcule le nombre de signes, de mots et de phrases grâce à la bibliothèque textblob et la compréhension du français ajouté par textblob-fr.

Afin de pouvoir vérifier que tous les passages du livre ont pu être associé au bon point de vue, un nouvel EPUB est créé dans le processus, où le point de vue identifié pour chaque passage est explicitement marqué. Cela a permis d’affiner petit à petit les règles de détection et les différents points de vue qui composent le livre.

Le script Python génère un fichier au format CSV contenant une ligne par partie identifiée, avec le chapitre dans lequel elle se trouve, le point de vue, le nombre de signes, le nombre de mots, et le nombre de phrases.

Ces données sont ensuite analysées grâce à R, et sa bibliothèque de création de graphiques ggplot2.