Une histoire patriarcale

L’histoire développée par Les Furtifs reproduit un système patriarcal, que ce soit dans le monde dans lequel l’action se situe que dans le comportement de ses personnages.

Le patriarcat est « une forme d’organisation sociale et juridique fondée sur la détention de l’autorité par les hommes ». Il s’agit d’un « système où le masculin incarne à la fois le supérieur et l’universel »
— Wikipédia, Patriarcat (sociologie), consultée le 20 avril 2020

Un des arcs narratifs principaux des Furtifs concerne en effet les relations entre un père, son ex-compagne et leur fille disparue. Une façon de le résumer sur les deux premiers tiers du livre pourrait être :

2040, France. Lorca, un homme d’une quarantaine d’année, a perdu sa fille, Tishka, il y a deux ans. À la suite de cette disparition, son couple s’est effondré et sa compagne, Sahar, l’a quitté.

Il est entré dans l’armée (ch. 1) où, grâce à son entraînement, il a gagné en virilité (ch. 2). Lorca convainc Sahar de le revoir. Elle a fait son deuil, lui non (ch. 3). Il pense d’ailleurs obtenir une confirmation que sa fille est vivante (ch 6).

Pour l’aider dans ses recherches, Lorca rend visite à un oracle qui lui explique qu’il ne pourra retrouver sa fille qu'à condition qu’il se remette en couple avec sa femme (ch. 7). À l’occasion d’une occupation de bâtiment où il retrouve Sahar (ch. 8), Lorca la persuade de l’accompagner dans sa recherche de preuves que Tishka est toujours en vie (ch. 9).

Sahar finit par être convaincue elle aussi que leur fille est vivante (ch. 10). Iels continuent les recherches ensemble, avec diverses aides extérieures (ch. 11-15).

Lorca finit par reconquérir Sahar. Tishka réapparaît juste après qu’iels ont fait l’amour sur le lieu de conception de leur fille (ch. 16).

Un homme cherche donc à retrouver ce qui lui appartenait (femme et enfant), ce qui ne peut advenir qu’après qu’il a prouvé sa valeur d’homme à travers des actions héroïques et viriles.

Cet arc se prolonge jusqu'à la fin du livre, même s’il devient en partie secondaire, avec Lorca au centre de sa famille :

Tishka s’est hybridée avec une nouvelle forme animale, les furtifs, ce qui lui donne des pouvoirs particuliers. Elle est devenue un enjeu politique. À cause de cela, la famille est poursuivie par les forces de police (ch. 17).

Lorca, Sahar et Tishka se cachent sur une île squattée (ch. 18). Lors de l’attaque de l'île par les forces de police, Sahar tue sa fille par accident, alors qu’elles s’enfuient (ch. 19).

Réuni·es avec plusieurs ami⋅es autour du corps de Tishka, iels parviennent à la ressuciter (ch. 20). Pendant ce temps, un mouvement fasciste prend peu à peu de l’ampleur.

La famille finit par se retrouver au milieu d’une attaque dans laquelle Lorca est tué. Tishka lui arrache alors le cœur et l’incorpore en elle (ch. 21). Grâce à ce geste, une part de Lorca survit et s’exprime à travers sa fille (ch. 22-23).

Nous reviendrons davantage sur cette dernière partie par la suite (article à paraître). En attendant, parmi les nombreuses composantes d’un système patriarcal, nous retrouvons dans Les Furtifs : un regard masculin omniprésent, une banalisation des agressions sexuelles et des stéréotypes de genre. Mais commençons par analyser la place des protagonistes et la répartition des points de vues.